Voir une machine produire en quelques secondes ce qui demandait des années à apprendre ravive un doute ancien chez beaucoup de personnes : celui de ne pas valoir ce qu’on leur reconnaît.
C’est ce que les psychologues appellent le syndrome de l’imposteur, et il mérite d’être examiné pour ce qu’il est, une erreur d’attribution, et non traité comme un constat.
Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?
Identifié dès 1978 par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, le syndrome de l’imposteur désigne un doute persistant sur sa propre compétence, qui pousse à attribuer ses réussites à la chance ou aux circonstances plutôt qu’à son propre mérite.
Le phénomène est ancien et largement documenté : il toucherait, à un moment ou un autre de leur carrière, entre 62 et 70 % de la population, hommes et femmes confondus, quel que soit le niveau d’expérience.
Une étude menée en 2021 relevait même que près de sept travailleurs du savoir sur dix, au Royaume-Uni, en avaient fait l’expérience au cours de la seule année écoulée. Les outils d’intelligence artificielle ne créent donc pas ce doute : ils lui donnent un nouveau déclencheur.
Pourquoi les outils génératifs ravivent ce doute
Parce qu’ils rendent visible la partie reproductible d’un travail, et elle seule. Un texte bien tourné, une synthèse correcte, un code fonctionnel : ce sont des productions, et la production est ce qu’un modèle sait imiter. Ce qu’il ne montre pas, c’est le choix de la question, la connaissance du contexte, la décision de s’écarter de la solution évidente.
La comparaison est donc faussée dès le départ : on compare son travail complet au seul segment que l’outil reproduit, et on en tire une conclusion sur sa valeur d’ensemble.
Distinguer le doute de l’évaluation
Un doute sur sa compétence n’est pas nécessairement infondé : il arrive qu’une compétence se soit réellement banalisée. La différence se fait sur la méthode. Une évaluation s’appuie sur des faits, elle est bornée, et elle débouche sur une action possible. Le doute, lui, est global, permanent, et ne débouche sur rien.
Un test simple : formulez votre inquiétude en une phrase. Si elle porte sur une compétence précise dans un contexte précis, c’est une évaluation, et elle se traite. Si elle porte sur vous en général, c’est un doute, et il ne se réglera pas en se formant davantage.
Ce qui fonctionne
Reprendre le détail d’un travail récent et séparer ce qu’un outil aurait produit de ce que vous avez ajouté. L’exercice paraît naïf et donne presque toujours un résultat que la personne n’attendait pas : la part de jugement, de contexte et d’arbitrage est plus importante qu’elle ne le croyait.
Demander un retour extérieur précis, sur un livrable donné, plutôt qu’une appréciation générale. Un retour global nourrit le doute, un retour circonstancié l’entame.
Quand cela dépasse le cadre professionnel
Lorsque ce doute s’accompagne d’un retrait durable, d’un évitement des situations d’exposition ou d’une souffrance qui déborde sur la vie personnelle, il n’est plus question de compétence professionnelle. Un professionnel de santé ou un psychologue est l’interlocuteur adapté, et la médecine du travail constitue une porte d’entrée accessible directement.
Avant de décider quoi que ce soit, mesurer l’exposition réelle de votre métier sur WorkmetriQ →
FAQ
Est-ce fréquent ?
Le doute sur sa propre légitimité est très répandu et ne se limite pas aux personnes peu expérimentées : jusqu’à 70 % des actifs en feraient l’expérience au cours de leur carrière. Les outils génératifs lui donnent un support nouveau, ils ne le créent pas.
Le syndrome de l’imposteur touche-t-il plus de monde depuis l’arrivée de l’IA ?
Le phénomène existait largement avant les IA génératives. Ce qui change, c’est le déclencheur : voir une machine produire en quelques secondes ce qui demandait des années d’apprentissage réactive un doute déjà présent chez beaucoup.
Se former davantage résout-il le problème ?
Rarement, quand le doute est global : la compétence acquise est aussitôt dévaluée. Ce qui fonctionne mieux est un retour extérieur précis sur un travail réel.
Par le Dr Emeric Lebreton, docteur en psychologie, écrivain et PDG du groupe ORIENTACTION
VAE : quelles preuves joindre à son dossier ?
6 min. de lecture
Accompagnement VAE : comment il se déroule et ce qu’il apporte
8 min. de lecture
Le jury de VAE : qui le compose et comment il évalue
8 min. de lecture
Nouveau : testez vos “soft skills” avec ORIENTACTION
3 min. de lecture
Se reconstruire après un burnout : pourquoi le bilan de compétences ORIENTACTION peut vous y aider ?
6 min. de lecture
Reconversion professionnelle à 30 ans : choisir sa vie plutôt que subir sa carrière
10 min. de lecture
Découvrez le test des 32 personnalités Préférences® créé par Emeric Lebreton, docteur en psychologie
2 min. de lecture
Comment financer un bilan de compétences en 2026 : CPF, employeur, ANFH, aides sociales
14 min. de lecture
Se reconvertir d’infirmière à consultante en bilan de compétences
8 min. de lecture
