Le Compte personnel de formation a déjà beaucoup changé en 2026. Et les prochains arbitrages budgétaires pourraient de nouveau modifier les conditions dans lesquelles les actifs utilisent leurs droits.
Une chose est certaine : le mouvement de régulation du CPF est engagé.
Depuis le printemps 2026, la participation obligatoire est passée à 150 €. Le financement des bilans de compétences par le CPF est désormais plafonné à 1 600 €, celui des certifications inscrites au Répertoire spécifique à 1 500 €, tandis que certains permis légers sont plafonnés à 900 €.
Que pourrait-il se passer en 2027 ?
À ce stade, aucun nouveau dispositif n’est arrêté. Mais trois scénarios permettent d’imaginer les différentes directions que pourrait prendre une nouvelle réforme du CPF.
Où en est réellement le CPF en 2026 ?
Commençons par ce qui est certain.
La participation financière obligatoire avait été fixée à 100 € lors de son introduction en mai 2024, puis revalorisée à 103,20 € au 1er janvier 2026. Le décret du 30 mars 2026 l’a portée à 150 € pour les demandes effectuées à compter du 2 avril 2026.
Certaines personnes restent exonérées, notamment les demandeurs d’emploi et, sous certaines conditions, les salariés bénéficiant d’un abondement de leur employeur ou d’un OPCO.
La loi de finances pour 2026 a parallèlement introduit de nouvelles limitations. Pour un bilan de compétences, un titulaire peut désormais mobiliser au maximum 1 600 € de droits CPF et ne doit pas avoir bénéficié d’un financement pour un autre bilan au cours des cinq années précédentes.
Pour une certification inscrite au Répertoire spécifique, le montant mobilisable est plafonné à 1 500 €, sauf notamment pour CléA. Les formations préparant à une certification inscrite au RNCP restent, quant à elles, mobilisables sans ce plafond spécifique.
La direction prise est donc assez claire : le CPF demeure un droit individuel, mais son utilisation est davantage encadrée et davantage articulée avec d’autres sources de financement. C’est d’ailleurs explicitement la logique mise en avant par le gouvernement dans une réponse publiée en juillet 2026 à l’Assemblée nationale.
Scénario 1 : une nouvelle augmentation du reste à charge
C’est probablement le scénario le plus simple techniquement.
En deux ans, la participation obligatoire est déjà passée de 100 € à 150 €. Une nouvelle hausse en 2027 serait donc juridiquement et techniquement envisageable.
Dans les échanges professionnels, un montant de 350 € est parfois évoqué. À ce jour, nous n’avons toutefois identifié aucun texte officiel confirmant ce chiffre. Il doit donc être considéré comme une hypothèse, et non comme une mesure annoncée.
Une telle évolution aurait pourtant des conséquences très concrètes.
Pour une formation coûtant 1 000 €, passer de 150 € à 350 € ferait passer la participation personnelle de 15 % à 35 % du prix de la formation.
L’effet serait donc particulièrement sensible pour les formations les moins coûteuses et pour les actifs disposant de revenus modestes.
Cette question de l’accessibilité financière est d’ailleurs déjà arrivée jusqu’à l’Assemblée nationale. En juillet 2026, le gouvernement a indiqué que le développement du paiement en plusieurs fois sans frais du reste à charge faisait partie des évolutions prioritaires du service Mon Compte Formation.
Autrement dit, même sans préjuger d’une nouvelle hausse en 2027, la question du montant réellement payé par l’utilisateur est désormais centrale dans l’évolution du CPF.
Scénario 2 : davantage de contrôle avant de pouvoir mobiliser ses droits
Deuxième possibilité : plutôt que d’augmenter fortement la participation financière, le système pourrait renforcer la vérification de la pertinence du projet avant d’engager des fonds.
On pourrait imaginer un questionnaire préalable portant sur :
- le projet professionnel ;
- le lien entre la formation et l’emploi recherché ;
- les perspectives professionnelles visées ;
- les autres financements disponibles.
Une partie de ces vérifications pourrait, à terme, être automatisée.
Attention toutefois : nous n’avons identifié à ce jour aucune annonce officielle prévoyant qu’une intelligence artificielle attribuerait une note aux demandes CPF en 2027.
Il s’agit donc ici d’un scénario prospectif, et non d’une réforme annoncée.
Il soulèverait d’ailleurs plusieurs questions : quels critères seraient utilisés ? Comment contester une décision ? Jusqu’où peut-on automatiser l’évaluation d’un projet professionnel ?
Une orientation est néanmoins déjà observable : les réformes récentes cherchent davantage à relier le financement à la finalité professionnelle du parcours et à favoriser les cofinancements. Le gouvernement présente notamment le CPF comme un financement pouvant être combiné avec ceux des employeurs, collectivités ou autres opérateurs.
Scénario 3 : davantage d’accompagnement humain avant la formation
Une troisième voie consisterait à renforcer l’accompagnement avant de mobiliser certains montants importants de CPF.
Le Conseil en évolution professionnelle (CEP) pourrait naturellement jouer un rôle dans cette logique.
Un entretien préalable permettrait notamment de clarifier le projet, de vérifier qu’une formation correspond réellement à l’objectif poursuivi et d’étudier les différentes possibilités de financement.
Là encore, soyons précis : nous n’avons identifié aucun texte rendant actuellement le CEP obligatoire pour mobiliser son CPF en 2027.
Mais cette option illustrerait une évolution possible du système : passer progressivement d’un CPF conçu essentiellement comme un compte individuel utilisable directement à un dispositif davantage articulé avec du conseil, du contrôle et du cofinancement.
Une telle évolution aurait néanmoins un coût : davantage d’entretiens signifie également davantage de délais et de moyens humains nécessaires pour accompagner les bénéficiaires.
Finalement, vers quel CPF en 2027 ?
Il est encore trop tôt pour connaître les arbitrages qui seront retenus.
Mais les décisions prises en 2026 permettent déjà d’identifier une tendance : plafonnement de certaines prises en charge, participation financière accrue de l’utilisateur, développement des cofinancements et contrôle renforcé de l’utilisation des fonds.
Pour 2027, plusieurs combinaisons sont donc possibles : faire davantage contribuer l’utilisateur, renforcer l’examen préalable des projets, développer l’accompagnement ou favoriser encore davantage les cofinancements.
Et ces choix ne sont pas neutres. Trop peu de contrôle peut conduire à financer des parcours insuffisamment pertinents. Mais trop de contraintes financières ou administratives peuvent également éloigner de la formation les actifs qui en ont le plus besoin.
C’est probablement autour de cet équilibre que se jouera la prochaine étape de l’évolution du CPF.
FAQ : ce que l’on sait aujourd’hui
Le reste à charge CPF va-t-il passer à 350 € ?
À ce jour, non : aucune décision officielle ne fixe le reste à charge à 350 € pour 2027. Le montant actuellement applicable est de 150 € pour les salariés concernés.
Combien peut-on financer avec son CPF pour un bilan de compétences ?
Depuis la réforme de 2026, le montant de droits CPF mobilisable pour un bilan de compétences est plafonné à 1 600 €. Une règle de cinq ans s’applique également lorsqu’un précédent bilan a déjà bénéficié d’un financement.
Un CEP est-il obligatoire avant d’utiliser son CPF ?
Non. Nous n’avons identifié aucune règle générale imposant actuellement un passage préalable par le CEP pour utiliser son CPF.
Une IA va-t-elle décider si une formation peut être financée ?
Aucun dispositif officiel de ce type n’a été identifié pour 2027. L’utilisation d’un questionnaire ou d’un scoring algorithmique doit donc, à ce stade, être présentée comme une hypothèse prospective et non comme une réforme annoncée.
Faut-il attendre 2027 avant de mobiliser ses droits ?
Les règles applicables aujourd’hui sont connues ; celles de 2027 ne le sont pas encore. La décision dépend donc avant tout du projet professionnel et du besoin de formation de chacun.
Source officielle — Mon Compte Formation : loi de finances 2026
Source officielle — Service Public : participation CPF à 150 €
Source officielle — réponse du Gouvernement à l’Assemblée nationale
Par le Dr Emeric Lebreton, docteur en psychologie, écrivain et PDG du groupe ORIENTACTION
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