EN BREF
- Le congé climatique permet à un salarié de s’absenter, sans perte de salaire, lors d’un événement climatique extrême l’empêchant de travailler en sécurité.
- L’Espagne l’a inscrit dans son droit du travail dès novembre 2024, après les inondations meurtrières de Valence (plus de 200 morts).
- En France, la mesure est au cœur du débat en 2026 : une proposition portée par les Écologistes et relancée pendant la canicule de juin.
- À ce jour, aucun congé climatique n’existe en droit français, mais le décret du 27 mai 2025 impose déjà de nombreuses obligations à l’employeur en cas de forte chaleur.
Qu’est-ce que le congé climatique ?
Le principe est simple et tient en une phrase : aucun salarié ne devrait avoir à choisir entre risquer sa santé et perdre son salaire. Le congé climatique est un dispositif qui autorise un salarié à s’absenter de son poste, en étant rémunéré, lorsqu’un événement climatique extrême — canicule, inondation, incendie — l’empêche d’accéder à son travail ou de l’exercer en sécurité.
Il vise en priorité les travailleurs qui ne peuvent pas télétravailler : ouvriers du bâtiment, livreurs, agents de terrain, personnels exposés à la chaleur ou aux intempéries. Avec la multiplication des épisodes extrêmes, l’idée gagne du terrain dans plusieurs pays européens.
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Le modèle espagnol : une première en Europe
L’Espagne a franchi le pas la première. En novembre 2024, le gouvernement a inscrit dans le droit du travail un congé climatique de quatre jours par an. La décision est intervenue un mois après les inondations dramatiques de la région de Valence, qui ont coûté la vie à plus de 200 personnes, dont plusieurs travailleurs piégés dans leur véhicule.
Le fonctionnement repose sur les alertes officielles. Pour en bénéficier, les salariés doivent justifier d’une alerte orange ou rouge de l’agence météorologique espagnole (AEMET), ou de communications de la Protection civile leur interdisant d’accéder en sécurité à leur lieu de travail. La mesure s’applique lorsqu’il existe un risque grave et imminent et que les autorités ont restreint ou interdit les déplacements.
Le dispositif n’est pas parfait, reconnaissent les experts espagnols : il fonctionne bien quand l’alerte précède le danger, moins quand le risque survient avant l’alerte. Mais il a installé un principe fort, désormais observé de près par les pays voisins.
Le débat français en 2026 : où en est-on ?
De l’autre côté des Pyrénées, la France observe et débat. Au printemps 2026, la cheffe de file des Écologistes Marine Tondelier a proposé la création d’un congé climatique payé de cinq jours par an, inspiré du modèle espagnol et destiné aux salariés qui ne peuvent pas télétravailler lors d’événements climatiques contraignants.
La canicule de juin 2026 a relancé le sujet avec force. Les Écologistes ont lancé une pétition pour instaurer ce congé, qui permettrait de faire face à une canicule, une inondation, un incendie ou une fermeture d’école liée au climat sans perte de revenus. Le gouvernement, lui, a réuni une cellule interministérielle de crise : le ministre du Travail a jugé intéressant de regarder ce qui se pratique dans des pays où il fait très chaud, comme l’Espagne.
Le débat n’est pas tranché. Ses partisans y voient une protection de bon sens face à un risque sanitaire croissant ; ses opposants redoutent une multiplication des congés et un poids supplémentaire pour les entreprises. À ce stade, le congé climatique reste une proposition en discussion, pas une loi.
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Ce que dit déjà la loi française (et qui change tout)
On l’ignore souvent : même sans congé climatique, la France n’est pas démunie. Le décret du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, a considérablement renforcé les obligations des employeurs en cas de chaleur intense. Il s’appuie sur les quatre niveaux de vigilance de Météo-France (verte, jaune, orange, rouge).
Dès la vigilance jaune, l’employeur doit adapter l’organisation du travail : horaires décalés, allègement des tâches pénibles, pauses allongées, eau fraîche à disposition. En vigilance orange ou rouge, il doit réévaluer chaque jour les risques selon la température, la nature des travaux et l’état de santé des salariés. Le risque chaleur doit en outre être inscrit dans le document unique d’évaluation des risques.
Surtout, il existe un levier puissant pour le salarié : le droit de retrait. Si un salarié estime que ses conditions de travail l’exposent à un danger grave et imminent — par exemple une chaleur excessive sans aucun aménagement — il peut cesser son activité sans perte de salaire. La jurisprudence l’a déjà admis dans des cas liés à la canicule.
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FAQ
Le congé climatique existe-t-il en France ?
Non, pas à ce jour. Le congé climatique est une proposition portée notamment par les Écologistes et débattue en 2026, mais elle n’a pas été inscrite dans le droit du travail français. La France dispose en revanche, depuis le décret du 27 mai 2025, d’obligations renforcées pour l’employeur en cas de forte chaleur.
Comment fonctionne le congé climatique en Espagne ?
L’Espagne a instauré en novembre 2024 un congé climatique de quatre jours par an. Pour en bénéficier, le salarié doit justifier d’une alerte orange ou rouge de l’agence météo AEMET, ou d’une communication de la Protection civile l’empêchant d’accéder en sécurité à son travail. Il s’applique en cas de risque grave et imminent.
Combien de jours de congé climatique sont proposés en France ?
La proposition des Écologistes porte sur un congé climatique payé de cinq jours par an, contre quatre jours dans le modèle espagnol. Elle viserait les salariés ne pouvant pas télétravailler lors d’événements climatiques extrêmes. Il s’agit pour l’instant d’une proposition, non d’une mesure adoptée.
Que peut faire un salarié en cas de canicule sans congé climatique ?
Il peut s’appuyer sur le droit de retrait s’il estime être exposé à un danger grave et imminent du fait de la chaleur, sans perte de salaire. Il peut aussi alerter son employeur, le CSE et l’inspection du travail. L’employeur a l’obligation d’adapter l’organisation du travail dès la vigilance jaune de Météo-France.
Quelles sont les obligations de l’employeur en cas de forte chaleur en 2026 ?
Depuis le décret du 27 mai 2025, l’employeur doit, dès la vigilance jaune, adapter horaires et tâches, fournir de l’eau fraîche et prévoir des pauses. En vigilance orange ou rouge, il réévalue quotidiennement les risques. Le risque chaleur doit figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.
Existe-t-il un seuil de température obligeant à arrêter le travail ?
Non. Le Code du travail ne fixe pas de température maximale légale imposant l’arrêt du travail. C’est le dispositif de vigilance de Météo-France (jaune, orange, rouge) qui guide les mesures de prévention. Au-delà de 30 °C en activité physique, le danger devient toutefois réel et justifie des aménagements.
Par le Dr Emeric Lebreton, docteur en psychologie, écrivain et PDG du groupe ORIENTACTION
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